Les moulins à scie font partie du paysage de nombreux villages du Québec au 19e siècle. Le canton de Rawdon ne fera pas exception. Plus encore, un moulin construit dans le premier rang par Philémon Dugas et ses associés donnera le coup d’envoi au développement de son territoire. Pour la plupart, ces moulins étaient actionnés par la puissance de l’eau. L’équipement se limitait à une seule scie à mouvement alternatif et d’un mécanisme manuel d’alimentation en billots. Cet équipement était logé dans un bâtiment doté d’une structure relativement simple à construire. Ils produisaient des madriers et des planches pour le marché local. Les billots étaient sciés très lentement et la production dépassait rarement quelques centaines de planches ou madriers par jour. Pour la plupart, ces moulins fonctionnaient à temps partiel et sur une base saisonnière. Souvent juxtaposés à un moulin à farine, ces moulins devenaient le centre d’attraction de villages ou d’agglomérations naissantes.
Plusieurs moulins ont été construits sur la rivière Rouge dans le Canton de Rawdon, depuis sa création en 1799. La rivière Rouge traverse le Canton de Rawdon en amont par le lot 28 du onzième rang (en bordure de Saint-Alphonse) jusqu’à ce qui était le lot 27 du premier rang du canton (aujourd’hui sur le territoire de Saint-Liguori).
Cet article identifie cinq emplacements qui convenaient à la construction et au fonctionnement de moulins sur la rivière Rouge. Pour chacun de ces emplacements, l’article présente les personnes ou les familles responsables de leur construction et, subséquemment, de leur fonctionnement. Il fournit, lorsque disponibles, différentes caractéristiques techniques de ces moulins.
La rivière Rouge constitue le plus important tributaire de la rivière Ouareau. Sa confluence est située dans la municipalité de Crabtree. Des estimations produites par des spécialistes (1, 2, 3) évaluent le débit moyen à l’exutoire du lac Rawdon à environ 1,91 m³/seconde. Le débit de crue s’élèverait à 7 m³/seconde tandis qu’à la période d’étiage (juillet à octobre), il ne serait plus que 0,7 m³/seconde. Ces débits s’avèrent dix fois moins élevés que les débits de la rivière Ouareau.
Plusieurs paramètres influencent le choix d’un emplacement pour la construction d’un moulin actionné par un cours d’eau. En simplifiant, il faut d’abord se rappeler que la puissance générée par l’eau varie en fonction du débit et de la hauteur de chute. Il faut aussi que l’emplacement retenu facilite l’approvisionnement en matière première (grumes/billots et grains) et dispose d’une clientèle qui a besoin des produits transformés (planches/madriers et farines). Avec les moyens de transport de l’époque, il est fort probable que les premiers moulins desservaient un territoire situé à proximité.
Ces cinq emplacements sont présentés d’aval en amont, en commençant par celui situé sur le 1er rang du Canton de Rawdon.
Emplacement no 1 — Lot 24 — Rang 1 — Moulins Dugas
Emplacement no 2 – Lot 20 – Rang 4 – Moulin Burns / Bordeleau
Emplacement no 3 — Lots 18 et 19 — Rang 5 — Moulins Dugas / Truesdell / Lord / Copping / Mason / Neveu
Emplacement no 4 — Lot 22 — Rang 7 — Moulins Hobbs / Bagnall / Munroe
Emplacement no 5 — Lot 28 — Rang 10 — Moulin Derocher / Cornellier / Mason
Cette capture d’écran provient d’une carte interactive, la Carte historique du Canton de Rawdon. Tracée à l’aide de l’outil Umap/Openstreetmap, un clic sur ce lien permet d’y accéder. Les aiguilles à tête rouge identifient les emplacements sur la rivière Rouge.
Emplacement no 1 — Lot 24 — Rang 1 — Moulins Dugas
Ces moulins étaient situés près de la route 346 (« coin Montcalm ») et du Club de Golf Montcalm.
Une étude généalogique (4) des premières familles installées sur le territoire de Rawdon, réalisée par Daniel Parkinson, nous apprend que les premiers droits d’occupation furent émis à divers immigrants venus principalement d’Irlande.
Daniel Parkinson rapporte qu’un certain Joseph Dugas, un Acadien du Massachusetts, indique dans sa demande de concession qu’il réside dans le Canton de Rawdon depuis 1816. La route qu’il trace jusqu’à son terrain donne un premier accès au territoire. Son frère Philémon (parfois identifié Philémon Firmin) le suit et construit, entre 1816 et 1817, un moulin à scie sur le lot 24 du Rang 1.
En 1820, trente familles se voient accorder par décret gouvernemental (Order in Council) le droit de s’installer à Rawdon. Philémon Dugas obtient son billet de location en novembre 1820. L’emplacement de ce moulin est précisé sur la carte des cantons de Rawdon et de Kildare préparée par Joseph Bouchette Junior en date du 31 octobre 1821.
La famille Dugas
Pour construire son moulin, Philémon obtient l’aide d’Isaac Dugas et de son beau-frère Pierre Richard, marié à Félicité la sœur d’Isaac. Alexandre Riopel nous apprend, dans un article publié en 2014 dans Histoire Québec, que les grands-pères d’Isaac et de Philémon, deux frères nommés Joseph et Claude étaient meuniers du moulin de l’Achigan et du moulin d’en bas appartenant aux sulpiciens. Philémon, Isaac et Pierre officialiseront leur association en février 1817. Par le même acte notarié (5), Pierre Richard acceptait de céder à la société le lot 24. Cette association fut éphémère. En juin 1817, les associés convenaient (6) de dissoudre la société et de vendre le moulin et le lot 24 à Philémon Dugas. L’acte transférait également le droit de placer, dans le moulin à scie, une moulange pour moudre le grain. Philémon Dugas et sa femme s’associeront par la suite, soit entre mars 1818 et mars 1820 à Martin S. Parker (7).
La documentation disponible à ce jour ne permet pas d’identifier la personne qui a vendu le lot 24 à Pierre Richard. Il est possible qu’il y ait eu d’autres propriétaires avant Pierre Richard, mais James Sawers, décédé en 1813, a été le premier propriétaire de ce lot. Il a obtenu 500 acres, soit la moitié nord-est du lot 21 de même que les lots 22 et 24 du rang 1 par Lettres patentes datées du 13 juillet 1799 (8).
À ce moulin à scie, Philémon ajoute, quelques années plus tard, un moulin à farine (la moulange) de sorte qu’au recensement de 1825 (9), il possédait les deux moulins. Daniel Parkinson précise que Monsieur Dugas a apporté des améliorations considérables à ses installations. Sa maison mesure 36 pieds par 30, tandis que ses moulins font 32 par 66. Le moulin à farine dispose de trois jeux de pierres. Deux de ces jeux de pierre servent à produire de la farine de blé pour l’exportation. L’autre sert à la production de farine d’avoine. Le moulin à scie dispose de deux ensembles de scies. Un incendie survenu dans la nuit du 31 décembre 1829 (10) détruit le moulin à farine et le moulin à scie de Philémon Dugas causant des pertes estimées à 1500 livres. Le moulin sera cependant reconstruit.
La relève familiale
Pendant ce temps, la famille de Philémon/Firmin s’agrandit avec la naissance d’au moins neuf filles et un garçon. Ils adoptent aussi John Copping, né vers 1812 et toujours d’âge mineur au moment de la rédaction des testaments de Philémon Dugas et de sa femme (11). Le fils, né le 8 mars 1830, est nommé Firmin et est appelé à prendre la relève. La famille élargie de Philémon Dugas contribuera également au fonctionnement des moulins. L’ainée, Bibiane prend pour époux Zacharie Clouthier. Son fils par adoption, John Copping, travaille d’abord comme apprenti puis épouse Julie (1811-1872) en 1837. Adaline (1814-1873) se marie avec Daniel Truesdell en 1835. Enfin, Anne (1822-1908) unit sa destinée à William Lord en 1846.
Selon Daniel Parkinson (12), il est plausible que Philémon Dugas soit demeuré propriétaire de ces moulins jusqu’à son décès le 19 juillet 1864. Très tôt cependant, les gendres et les fils de Philémon jouent un rôle actif dans le fonctionnement des moulins de Rawdon et de la région. La famille Copping fait fonctionner des moulins à Rawdon jusqu’au milieu du vingtième siècle. Le recensement de 1852 mentionne que les moulins à farine disposent dorénavant d’une capacité de production comptant quatre jeux de pierre….ce qui permet de croire que la famille Dugas exploitait des moulins sur plus d’un emplacement.
Un contrat (13) passé devant le notaire S. Ulric Brien dit Desrochers concernant une transaction financière (emprunt et hypothèques) permet de confirmer la relation d’affaires entre Firmin Dugas, fils et John Copping. Firmin Dugas y est identifié comme Écuyer et Bourgeois tandis que John Copping l’est comme meunier. Cet acte notarié permet aussi de déterminer que Firmin Dugas possède le lot 24 du Rang 1 avec le moulin à farine tandis que John Copping détient le quart sud-est du lot 18 du Rang 5 avec moulin à scie et moulin à farine.
Érigée en paroisse catholique dès 1853 (16 mars), Saint-Liguori obtient sa reconnaissance civile en 1880 (26 juin). Le lot 24 du Rang 1 fera partie du territoire du Canton de Rawdon annexé, par décret en date du 9 mai 1854, à la paroisse de Saint-Liguori.
Firmin Dugas fils est décédé subitement le 16 mars 1889, à l’âge de 59 ans, faisant en sorte que le moulin soit délaissé le temps de régler une succession impliquant plusieurs terrains et des enfants mineurs. Laissons Jean Gagnon, historien de Saint-Liguori, poursuivre l’histoire (14) :
Plus tard, vers 1900, le pouvoir d’eau était vendu par Louis Dugas, député provincial, fils de Firmin, à MM. Sam, Georges et William Lord, ses cousins; ils rebâtissaient au complet les deux moulins et creusaient un canal sur une distance de 7 arpents pour y conduire l’eau de la rivière Rouge. Les moulins étaient à nouveau en opération en septembre 1902 (p. 22).
….le moulin à farine de blé d’Inde et sarrasin était progressivement abandonné, mais le moulin à scie tournait. Il était vendu à un dénommé Chicoine dans le temps de la « crise » lequel, faute de paiement, devait le rendre. M. Alcide Lévesque, le propriétaire actuel des lieux, l’achetait de M. Georges Lord en 1938 (p.138).
Jean Gagnon conclut en précisant que ce moulin aurait été encore mû par l’eau dans les années 50, qu’il aurait produit une moyenne d’un million de pieds de bois par année et qu’il aurait fonctionné jusqu’à l’incendie de 1976.
LES COORDONNÉES GÉOGRAPHIQUES
Lots 24 — Rang 1
46.0543⁰ N 73.6859⁰W
Ces coordonnées approximatives doivent être validées par des enquêtes sur le terrain.
Emplacement no 2 – Lot 20 – Rang 4 – Moulin Burns / Bordeleau (texte à venir)
Emplacement no 3 — Lots 18 et 19 — Rang 5 — Moulins Dugas / Truesdell / Lord / Copping / Mason / Barrie / Neveu
Ces moulins étaient situés à différents emplacements près de l’endroit connu aujourd’hui comme les chutes Mason. Construits et reconstruits à quelques reprises, les moulins à scie et à farine des chutes Mason auront connu une longue existence.
Des données récentes obtenues à la suite de recherches systématiques dans les archives de notaires effectuées par Guillaume Petit ont permis de confirmer diverses informations et de revoir certaines hypothèses quant à la présence de moulins à proximité des chutes Mason.
Les données du recensement de 1851 indiquent que M. Dugas dispose maintenant de deux moulins à scie avec cinq ensembles de scies et d’un moulin à farine avec quatre jeux de pierres. Il jouit aussi d’un privilège qui lui assure le monopole des moulins à eau sur la rivière Rouge du lot 24 du rang 1 jusqu’aux lots 18 et 19 du rang 5.
Deux emplacements aux chutes Mason
La documentation additionnelle fournie par Guillaume Petit et les compléments apportés par Daniel Parkinson permettent de déterminer que, durant la première moitié du 19e siècle, deux moulins à scie auraient coexisté à l’emplacement qui deviendra connu comme les chutes Mason. Un de ces moulins sera construit sur la moitié Sud-Est du lot 18 du rang 5 tandis que l’autre sera construit sur la moitié Sud-Ouest du lot 19. Des explications suivent.
Moulins et privilèges
Guillaume Petit souligne l’importance de cette question de privilège sur son site. De nouvelles informations, obtenues en février 2026 à la suite des recherches de Guillaume Petit, viennent confirmer qu’en raison de ce privilège, Philémon Dugas possédait des moulins à un autre emplacement, ce qui lui permettait de disposer de la capacité de production déclarée. Une analyse technique plus poussée en viendrait probablement à démontrer que l’emplacement du moulin sur le lot 24 ne disposait pas d’une puissance suffisante pour justifier une telle capacité de production. Par contre, un ou des moulins installés sur les lots 18 et 19 du rang 5 pouvaient disposer d’une force motrice beaucoup plus importante. Ces lots correspondent à un emplacement connu aujourd’hui comme les chutes Mason. La carte Holtby supporte cette hypothèse, car le nom de Dugan (sic Dugas) apparaît comme propriétaire du lot 19 du rang 5.
Ces nouvelles informations ouvrent également la porte à un autre chapitre de l’existence de moulins sur les lots 18 et 19 du rang 5.
Avant les Dugas
Des informations récentes permettent de remonter le temps jusqu’aux premiers jours de l’existence du Canton de Rawdon. La liste de concessions (voir référence no 8) identifie les premières personnes qui ont obtenu des lots dans le Canton de Rawdon. Quatre familles ont obtenu des lots situés à proximité de l’endroit où coulent les chutes Mason soit:
Rang | Lot | Partie | Acres | Concessionnaire | Date (Lettre Patente) |
5 | 18 | ½ Sud-Est | 100 | Solomon Cook | 22 mai 1834 |
5 | 18 | ½ Nord-Ouest | 100 | Edward McGie | 4 février 1825 |
5 | 19 | ½ Sud-Ouest | 100 | Jeremiah Pratt | 22 mai 1834 |
5 | 19 | ½ Nord-Est | 100 | John Smiley | 19 janvier 1832 |
Le livre de Daniel Parkinson intitulé « Up to Rawdon » et ses mises à jour disponibles sur le site web contiennent plusieurs informations sur ces premières familles à occuper le canton de Rawdon. Du groupe, Jeremiah Pratt, un machiniste de moulins (millwright) apparait, à priori, comme le plus susceptible d’avoir été impliqué dans la construction d’un moulin.
La carte Holtby, développée par le secrétaire-trésorier de l’époque, contient des annotations identifiant les propriétaires des différents lots vers 1845. De gauche à droite et de haut en bas, une inscription manuscrite sur le lot 18 Nord-Ouest pourrait indiquer le nom de McGie soit le propriétaire initial du lot. La partie Sud-Est pourrait avoir déjà été morcelée et appartenir à une personne dont le nom est illisible. Une autre portion Sud-Est de ce lot semble indiquer le mot « parsonage ». Elle appartiendrait donc au presbytère de l’église anglicane. Pour la moitié Sud-Ouest du lot 19, elle appartiendrait à un dénommé Dugar (sic Dugas) tandis que la moitié Nord-Est appartiendrait toujours à John Smiley.
Philemon Dugas et les moulins à scie sur les lots 18 et 19 du rang 5
Le moulin Pratt-Dugas/Trusdell (½ S-O – Lot 19 – Rang 5)
Ces informations permettent de croire que Philémon Dugas (sic Dugar), déjà propriétaire et opérateur de moulin dans le rang 1, aurait acquis la partie Sud-Ouest du lot 19 de Jeremiah Pratt dans les années qui suivirent la concession originale de mai 1834 et y aurait installé un moulin à scie. Différents scénarios sont possibles (construction par Pratt et achat par Dugas, achat du terrain et construction par Dugas, collaboration/co-entreprise Pratt-Dugas et rachat par Philémon). Philémon en aurait confié l’opération à un de ses gendres, Daniel Trusdell de sorte que, dans son journal, George Copping fait référence au moulin Trusdell.
Daniel Parkinson reprend les propos de George Copping en date du 16 mars 1837 :
“Henry took a log over to Mr. Truesdell’s to be sawn.”
Outre la présence du nom de Jeremiah Pratt dans la liste des concessions, il n’a pas été possible de retracer des pièces justificatives permettant de confirmer ces hypothèses.
Le moulin Cook-Rood-Dugas/Trusdell (½ S-E – Lot 18 – Rang 5)
En ce qui a trait au demi-lot Sud-Est du lot 18, deux contrats signés le 29 août 1844 et le 15 octobre 1845 devant, respectivement, Me Joseph Dufresne et Me Antoine Gauthier contiennent de nombreuses informations pertinentes. Le deuxième acte de vente permet à Philémon Dugas et Daniel Trusdell (identifiés comme marchands de bois), d’acquérir conjointement la moitié sud-est du lot 18 (½ S-E Lot 18 R5) du rang 5 appartenant à Josiah S. Rood (également identifié comme marchand de bois) sur lequel est érigé un moulin à scie double de type anglais. Ce terrain dispose d’une superficie de cent acres. Des parcelles d’un acre avaient déjà été vendues à d’autres personnes incluant le Révérend Bourns (justifiant le terme « parsonage » de la carte Holtby). Vendu pour un montant de 300 livres anglaises, Philémon Dugas en garantit le paiement par une hypothèque en faveur du vendeur portant sur le demi-lot 19 du rang 5. L’acte de vente précise que ce demi-lot comprend un moulin, une maison et autres bâtiments.
Josiah Rood avait acquis ce terrain par contrat signé en 1844 devant Me Joseph Dufresne. Malheureusement, il n’a pas été possible de retracer une copie de cet acte de vente. Bien que les noms soient raturés, il est probable que ce titre de propriété signé devant Me Dufresne faisait référence à une vente par Solomon Cook (le premier détenteur des Lettres Patentes) et Hiram Bateman (?).
Ce deuxième moulin a été construit entre le 22 mai 1834, date de l’obtention des lettres patentes par Solomon Cook, et la date de la vente de ce moulin à Philémon Dugas et Daniel Trusdell (le 15 octobre 1845). Il n’a pas été construit par Philémon Dugas, mais les informations disponibles ne permettent pas de déterminer qui l’a construit.
À partir d’octobre 1845, Philémon Dugas est donc propriétaire de deux moulins à scie situés à proximité des chutes connues aujourd’hui sous le nom de Mason.
Le recensement de1851 corrobore le fait que Daniel Trusdell exploite les moulins de son beau-père.
Ces deux moulins resteront la propriété de Philémon Dugas jusqu’en 1853 alors qu’il publie une annonce dans le journal Montreal Herald du 23 juillet 1853 où il les met en vente avec des terres d’une superficie de 170 acres soit les 100 acres du lot 19 Sud-Ouest et les quelque 70 acres subsistant du lot 18 Sud-Est.
Emplacement de ces moulins
Une carte extraite du site du Greffe de l’Arpenteur général du Québec délimitant les lots permet d’établir que la rivière Rouge coule sur ces lots 18 et 19 du rang 5 et qu’elle chevauche la ligne délimitant le lot 18 du lot 19, le tout près de l’emplacement des chutes Mason.
La création du barrage puis du « pont-barrage » de la 3e avenue a modifié le cours de la rivière Rouge de sorte que des informations additionnelles doivent être obtenues pour déterminer l’emplacement exact de ces moulins.
Les Dugas et les liens familiaux
Philémon Dugas aurait donc confié l’opération des moulins sur les lots 18 et 19 du rang 5 à un de ses gendres, Daniel Truesdell. Daniel Trusdell, rappelons-le, a épousé Adaline Dugas en 1835. La Commission de toponymie du Québec (18) ajoute que Daniel Truesdell obtient, le 23 mars 1853, un lot dans le Canton de Chertsey. Il construit un moulin à scie en 1855 qu’il cède à son fils Daniel en 1871. Peu de temps avant l’obtention du lot dans Chertsey, soit le 8 février 1853 (Acte no 1150 – Me Jules Bourgeois), Daniel Truesdell cédera à Philémon Dugas, son beau-père, la part qu’ils avaient achetée conjointement.
Le 17 juin 1854, par acte no 1483 passé devant Me Jules Bourgeois, Philémon et sa femme Martha Edwards cèdent à William Lord, constructeur de moulins, et à John Copping maître-meunier, leurs gendres, la moitié sud-est du lot 18 du rang 5 bâtie d’une maison et d’un moulin à scie et la moitié sud-ouest du lot 19 bâti d’une maison et d’un moulin à scie double. John Copping aurait ensuite cédé les moulins à son beau-frère, William Lord (1817-1860), un mécanicien de moulin (millwright). Un schéma d’une partie du Canton de Rawdon tracé à la main et insérée au recensement de 1861, associe ces moulins à M. Lord (voir Lord’s mills en bas et à droite de la carte).
Au décès de ce dernier en 1860, John Copping aurait repris les moulins qu’il aurait donnés en garantie (le quart sud-ouest du lot 19 — Rang 5) lors de différentes transactions financières effectuées entre 1860 et 1870.
Les moulins Mason et Copping
À la suite de son mariage avec Mary Copping (1841-1912) le 9 avril 1861, Edward Mason obtient le moulin de John Copping. Son nom apparaît au recensement de 1871 comme propriétaire d’un moulin à scie et d’un moulin à farine. Ce recensement fournit des précisions sur les moulins appartenant à M. Mason. Il y est mentionné que ces moulins ont une valeur de 1200 $ chacun et des puissances déclarées de 20 H.P. pour le moulin à farine et 10 H.P. pour le moulin à scie. À cette période, la technologie des moulins avait évolué et il devenait maintenant possible de doter ces installations d’une force motrice beaucoup plus importante.
L’invention de la lame de scie radiale/circulaire vers le milieu du 19e siècle permet d’augmenter de façon substantielle la production quotidienne de ces moulins.
Cette lame de scie circulaire a été découverte par Maciej Zubek et sa sœur Agnieszka alors qu’ils exploraient les eaux des chutes Mason dans les années 1980. Jeunes adolescents, Maciej et Agnieszka, originaires de Pologne, étaient fascinés par la beauté du territoire entourant les chutes Mason. Aujourd’hui, la lame a été confiée à Elizabeth Chodkowski, membre du conseil d’administration de la Société d’histoire de Rawdon.
Daniel Parkinson nous en apprend un peu plus sur Edward Mason. Né le 11 septembre 1829 à Saint-Sulpice, il meurt le 25 août 1889, laissant à Mary 375 acres de terre, deux moulins à scie, un moulin à moudre les grains (grist mill), un moulin à farine, plusieurs maisons de ferme avec dépendances, une maison avec dépendances et une maison dans le village (documents de la famille Mason tels que cités dans le livre Up to Rawdon). Ce legs corrobore l’information à l’effet que Edward Mason avait fait l’acquisition du moulin à scie situé sur le lot 28 du Rang 10 de Rawdon et ayant appartenu à Jean Louis et André Brien Desrochers. Edward a fait prospérer son entreprise, faisant en sorte que les chutes situées à cet endroit portent aujourd’hui son nom.
De la famille Mason aux débuts de l'industrie touristique
Héritière des biens d’Edward Mason, Mary Copping les cèdera à son fils James Mason par acte notarié en date du 24 septembre 1890 passé devant Me Desaulniers. Dans le journal L’Étoile du Nord en date du 9 janvier 1890, James Mason Jr. annonce la mise en vente de la propriété de la famille Mason. Cette « magnifique » propriété comprend 200 acres de terre de même que les moulins à scie et à farine. Un article en date du 26 mars 1896 dans ce même journal rapporte qu’un incendie a détruit les moulins à scie et à farine de James C. Mason. Les pertes sont évaluées à $ 4750 et couvertes par une assurance de $ 2700. Ces moulins seront reconstruits.
Il n’a pas été possible d’identifier à qui et en quelle année James Mason a vendu ses moulins à scie et à farine. Cependant, le 14 avril 1908, Misaël Neveu et William Barrie créent la société « Barrie & Neveu » et, pour la constituer, mettent en commun certains actifs évalués à $ 24 000. William Barrie y contribue à hauteur de $ 12 000 notamment en mettant à la disposition de la société le lot 19 a du rang 5 avec un moulin à scie et un moulin à farine, la machinerie, un barrage et le pouvoir d’eau qui alimente le tout. Cette société fut bien éphémère, car, le 29 septembre 1909, William Barrie vendait à Misaël Neveu la propriété avec les moulins et procédait à une dissolution de la société, le tout consigné dans un acte de vente signé devant Me C. G. H. Beaudoin.
Misaël Neveu vend les moulins le 14 février 1913, mais les fait fonctionner jusqu’en juillet 1914 comme le permet l’acte de vente signé devant Me Gaspard-Alexis Archambault. Cette transaction fera passer ces terrains dans les mains de James Williamson Ross, un promoteur immobilier, et marquera les débuts de la vocation touristique du canton de Rawdon.
Emplacement des moulins aux chutes Mason
Deux éléments aident à localiser l’endroit où étaient situés les moulins : le contenu de l’acte de vente par Misaël Neveu à James Williamson Ross (no 8220 du 14 février 1913) passé devant le notaire Archambault et deux images, un tableau peint par Sarah Alice Mason Copping et une photographie des chutes Mason.
L’acte de vente identifie la parcelle de terrain objet de la transaction comme faisant partie du lot numéro 19a (pt 19a) du cinquième rang du canton de Rawdon et la décrit comme suit:
Une ligne partant du coin ouest du lot numéro 19 a,
- puis se prolongeant vers le sud-est le long de la ligne de démarcation entre les lots numéro dix-huit s (18 s) et dix-huit a (18 a) d’un côté, et dix-neuf a (19 a) de l’autre côté, jusqu’à un point situé à quatre cent seize pieds au-delà de la voie publique,
- puis à angle droit dans une direction nord-est sur une distance de deux cent huit pieds, puis à angle droit dans une direction nord-ouest jusqu’à la voie publique,
- puis en suivant la voie publique jusqu’à la ligne de démarcation entre les lots numéro dix-neuf a (19 a) et dix-neuf b (19 b),
- puis le long de cette dernière ligne de démarcation en direction nord-ouest jusqu’au sixième rang,
- puis le long de la ligne de démarcation entre le cinquième et le sixième rang jusqu’au point de départ.
Un plan accompagnait cet acte de vente.
Un tableau, œuvre de Sarah Alice Mason Copping, dépeint la maison familiale et le moulin Mason. Ce tableau permet d’apprécier certaines installations nécessaires au fonctionnement d’un moulin (canal d’amenée et canal de fuite).
Des travaux effectués par Yvon Laurin permettent de transposer les informations extraites de l’acte de vente sur une carte récente de la municipalité de Rawdon. Depuis 1973, Yvon a réalisé de nombreux travaux d’arpentage dans le Canton et le Village de Rawdon. Résident de Rawdon, il connait très bien le territoire de la municipalité de même que le secteur concerné.
Un examen minutieux de cette carte permet de constater que le chemin public et l’ancien pont de la troisième avenue empruntent un tracé différent (beaucoup plus à l’est) du tracé actuel. La transposition effectuée par Yvon Laurin identifie le centre de la rivière Rouge tel qu’elle coulait avant le barrage créant le lac et les autres aménagements visant à alimenter les moulins en eau.
Il n’est pas facile de déterminer si les moulins sont situés sur le lot 18 ou le lot 19. Les moulins sont situés si près de la ligne délimitant ces deux lots que l’acte de vente de William Barrie à Misaël Neveu contenait une note à la marge indiquant qu’un nouvel arpentage avait déterminé que des bâtisses considérées comme des dépendances au moulin se trouvaient maintenant sur le lot 18.
La vue d’ensemble et la vue rapprochée démontrent à quel point la rivière Rouge serpente entre le lot 18 et 19 ce qui peut permettre à des moulins d’être installés sur deux lots différents tout en demeurant relativement près l’un de l’autre. Les épingles rouges identifient deux emplacements susceptibles d’avoir été utilisés pour y construire un moulin.
Pour en arriver à positionner ces épingles rouges, deux autres images ont aidé à déterminer ces emplacements. D’abord, un tableau peint par Sarah Alice Copping Mason montre la maison familiale et les moulins Mason tels qu’ils existaient avant la construction du barrage créant le lac Rawdon. Ce tableau permet d’apprécier certaines installations nécessaires au fonctionnement d’un moulin (canal d’amenée et canal de fuite). Daniel Parkinson mentionne que ce tableau a été peint de mémoire par sa tante Alice, née en 1873, alors qu’elle était âgée d’une quarantaine d’années. Daniel estime que ce tableau représente le moulin tel qu’il existait vers les années 1890.
Un examen minutieux du tableau révèle que les chutes Mason sont constituées de deux chutes. La première remplacée aujourd’hui par le barrage, d’une hauteur estimée à une vingtaine de pieds, est entrecoupée de la deuxième, beaucoup plus imposante (hauteur estimée à 80 pieds), par le bassin alimentant le moulin. Seul le début de la deuxième chute est représenté sur le tableau.
La deuxième image, une photographie de carte postale des chutes Mason datant de la fin du XIXe siècle montre l’emplacement d’un moulin. Cette fois, le moulin apparait beaucoup plus près de la rivière et dans la partie la plus imposante des chutes Mason. Il est permis de croire que cette photographie a été prise après l’incendie de 1896, un fois les moulins reconstruits à un emplacement légèrement différent.
Emplacement no 4 — Lot 22 — Rang 7 — Moulins Hobbs/Bagnall/Munroe
Si les moulins Dugas furent les premiers à voir le jour sur le territoire du Canton de Rawdon, le deuxième groupe de moulins est construit par George Hobbs vers 1830.
Ces moulins étaient situés entre le Chemin du Lac-Morgan et le chemin de Saint-Alphonse (route 337).
Dans un texte intitulé « George Hobbs, un loyaliste de Rawdon » (Up to Rawdon — page 337-345), Daniel Parkinson explique que, à sa connaissance, George Hobbs fut le seul loyaliste de l’Empire Uni (United Empire Loyalist) à s’installer de façon permanente à Rawdon. Né dans l’État de New York et marié en 1797 à l’Ile du Prince-Édouard à Martha Crosby, une Irlandaise, il serait arrivé à Montréal entre 1798 et 1800. Boulanger, George et sa famille s’installent d’abord dans le Faubourg à m’lasse et déménagent par la suite au Sault-au-Récollet en 1806. Ils demandent des terres à Rawdon en 1820 qui leur sont octroyées le 15 janvier 1821 par décret du gouvernement (Order in Council). George père et son fils obtiennent les Lettres patentes pour le lot 22 du septième rang en janvier et mars 1834. Les moulins, construits avant 1831, sont répertoriés au recensement de 1831 (un moulin à scie et un moulin pour la fabrique des huiles).
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Au fil des ans, Robert Bagnall a développé une importante entreprise agricole et fait l’acquisition de plusieurs centaines d’acres additionnels. Marchand de bois et major de milice, M. Bagnall est un personnage influent dans la communauté. Une section du livre Up to Rawdon de Daniel Parkinson porte d’ailleurs sur M. Robert Bagnall et sa famille. M. Parkinson a mentionné avoir trouvé de la documentation dans les procès-verbaux des réunions des « administrateurs/vestry » de l’église anglicane corroborant l’information à l’effet que M. Robert Bagnall exploitait aussi un moulin à scie.
Les Bagnall revendent ce moulin le 17 avril 1865 à George Munroe tel que précisé à l’Acte de vente no 1037 du greffe du notaire John Horan. Le recensement de 1851 confirme la présence de ce moulin à scie sur le lot 22 du Rang 7. Il est cependant associé à George Munroe qui s’est identifié comme « millrite » (sic) ou mécanicien d’entretien. Né en Écosse et âgé de 45 ans au moment du recensement, M. Munroe devait assurer le fonctionnement du moulin pour la famille Bagnall. Le moulin est décrit comme mesurant 40 pieds par 30 et disposant de deux ensembles de scies. Tel que noté par le recenseur, cet emplacement dispose de suffisamment de puissance hydraulique pour tous types de moulins ou de manufactures à l’exception du mois de juillet.
LES COORDONNÉES GÉOGRAPHIQUES
Lot 22 — Rang 7
73.7038⁰W 46.0758⁰
Ces coordonnées approximatives doivent être validées par des enquêtes sur le terrain.
Les informations disponibles permettent de confirmer que MM. Hobbs (~1825-1841), Bagnall (1841-1865) et Munroe (1865— ???) ont tous possédé le moulin situé sur une partie du lot 22 du Rang 7 à différentes périodes.
Emplacement 5 — Lot 28 — Rang 10 -- Moulin Desrochers/Cornellier/Mason
Le moulin à farine (grist mill/moulin rustique) Desrochers est identifié sur la carte tracée par James Dignan en 1844, à la suite de l’arpentage des 9e, 10e et 11e rang du Canton de Rawdon. Ce moulin est situé sur le lot 28 du dixième rang (voir carte ci-après) du Canton de Rawdon au tout début de la rivière Rouge sur le territoire de Rawdon (après avoir traversé la ligne divisant les cantons de Rawdon et de Kildare/Municipalité de Saint-Alphonse de Rodriguez).
La carte Holtby identifie aussi le lot 28 du Rang 10 au nom de « Deroche » sic.
Né à Saint-Jacques, Louis-André Brien dit Desrochers possédait, en plus du moulin à farine, un moulin à scie. Tel que précisé au recensement de 1851, le moulin à farine mesurait 25 pieds par 25 pieds et disposait de deux moulanges. Le moulin à scie ne disposait que d’une seule scie. Ces mêmes fiches de recensement précisent cependant qu’il n’y avait pas suffisamment d’eau pour permettre le fonctionnement des moulins pendant une période d’environ deux mois par année.
Les fiches de recensement identifient Louis Brien Desrochers et son fils également appelé Louis Brien de même que Joseph Allard comme meuniers. Ils sont âgés, respectivement, de 59, 29 et 38 ans au moment du recensement.
Selon Marcel Fournier, M. Brien dit Desrochers s’est installé dans le 2e rang du canton de Rawdon vers 1850. M. Brien Desrochers fut élu maire, le premier de l’histoire du Canton de Rawdon, le 17 décembre 1855.
LES COORDONNÉES GÉOGRAPHIQUES
Lot 28 — Rang 10
46.1358⁰ N 73.7084⁰W
Ces coordonnées approximatives doivent être validées par des enquêtes sur le terrain.
De façon inexpliquée, ces moulins et le terrain auraient été rachetés par Louis-André Brien dit Desrochers lors d’une vente par le Shérif le 15 juin 1861. Ils furent, quelques mois plus tard, soit le 5 mars 1862, revendus à Narcisse Cornellier, cultivateur de Saint-Ambroise qui, à son tour, les revendit à Edward Mason, machiniste — entretien de moulin, (millwright) de Chertsey. Les actes de vente (16, 17) décrivent la propriété située dans le rang 10 du Canton de Rawdon (le lot n’est pas précisé) comme suit : approximativement 13 arpents de profond par un arpent à l’avant et trois arpents par le milieu borné à l’avant par James Boyce, à l’arrière par la veuve O’Colgan, sur l’un des côtés par John Shields et de l’autre côté par Samuel Coltren. Cet emplacement comprend deux maisons, deux moulins et une étable et dispose du pouvoir d’eau et privilège qui traverse la propriété. L’emplacement a été vendu pour un montant de 1200 $. Pour en assurer le paiement, George Copping est intervenu au contrat et a accepté la responsabilité, de façon conjointe et solidaire avec Edward Mason, en hypothéquant le lot 20 du rang 4.
- Avis technique sur le Lac Rawdon/Pierre Bertrand Consultant, octobre 2023
- Plan directeur de protection du bassin-versant du Lac Rawdon — Rapport final/CIMA+, décembre 2013
- Bilan de phosphore et prédiction de l’eutrophisation du lac Rawdon/Groupe Hémisphère, juillet 2015
- Opening Rawdon Township: Early locations by Loyalists and the First Settlers, Daniel B. Parkinson
- Acte # 386 – 23 février 1817 — Me Thomas Bédard/Archives des notaires, BAnQ
- Acte # 1048 – 21 juin 1817 — Me Pierre Mercier/Archives des notaires, BAnQ
- Acte # 462 – 9 mars 1818 — Me Thomas Bédard/Archives des notaires, BAnQ
- Liste des concessions — Canton de Rawdon/Greffe de l’Arpenteur général du Québec
- Recensements de 1825, 1831, 1851, 1861 et 1871 – https://www.bac-lac.gc.ca
- Journal La Minerve — Édition du 11 janvier 1830/BAnQ
- Actes du 22 avril 1828 — Me Antoine Minier dit Lagacé/Archives des notaires, BAnQ
- Up To Rawdon: Settlers at Rawdon Township, Lower Canada c. 1820-1852. Their Origins and Continued Migration Across Canada and the United States 2 vols. [S.l.]: Daniel B. Parkinson, 2013
- Acte # 447 – 21 juillet 1865 — Me. S.-Ulric Brien dit Desrochers/Archives des notaires, BAnQ
- Sous le clocher de Saint-Liguori/Jean Gagnon, 1979
- Commission de toponymie https://toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=63997
- Acte # 4156 – 5 mars 1862 — Me Jules Bourgeois/Archives des notaires, BAnQ
- Acte # 1018 – 18 juillet 1864 — Me John Horan/Archives des notaires, BAnQ
