Les débuts de la villégiature et du tourisme à Rawdon sont intimement liés à l’avènement du service de desserte ferroviaire et au projet ayant mené à la création du lac Rawdon et du club de golf de Rawdon.

Les dessertes ferroviaires à Rawdon

Dès le milieu du dix-neuvième siècle, Rawdon sera desservi par un service ferroviaire. Cependant, ce service appartenant à la « Industry Village and Rawdon Railway » n’existera que quelques années et disparaitra avec la faillite de l’exploitant en 1856. De plus, le président de cette compagnie, J.H. Dorwin, a beaucoup plus en tête l’exportation de la production de son moulin à scie que le développement de la villégiature. La construction d’une voie ferrée reliant Parry Sound en Ontario et le port de la ville de Québec par la compagnie Great Northern Railway of Canada, mise en service en 1895, contribuera à rapprocher Rawdon de Montréal. Cette voie contourne Montréal par le nord et passe par un endroit appelé Montcalm. Cet endroit est situé à quelques kilomètres du centre de Rawdon tout près de l’emplacement actuel du club de golf Montcalm à Saint-Liguori. Il deviendra « Rawdon Junction » avec la construction d’une voie reliant d’abord Saint-Jacques à Montcalm (complétée en 1909) puis Montcalm à Rawdon en 1910. Cette desserte d’environ 7,5 kilomètres comprend la construction d’un pont sur chevalets, d’une voie de triage, d’un château d’eau, d’une plaque tournante et d’une gare à l’extrémité sud de la rue Metcalfe. Bien que la construction ne fût achevée que le 7 septembre 1910, le premier voyage de train de passagers à destination de Rawdon a lieu le 28 août 1910. Il devient maintenant possible d’effectuer des déplacements quotidiens entre Rawdon et Montréal.     

Le projet d’extension du village de Rawdon

Avec une liaison quotidienne entre Rawdon et Montréal maintenant disponible, des promoteurs de Montréal entreprendront un ambitieux projet d’extension du village de Rawdon pour y créer un quartier de villégiature. Ce projet comprend la construction d’un barrage, la création d’un lac artificiel, l’aménagement d’un golf et le développement d’un quartier de villégiature. Ce projet exige l’achat de plus de 1000 acres de terres. Il connaitra sa part de difficultés. L’histoire de ce projet débute vers 1910-1911, mais il faudra plus d’une décennie avant que le club de golf de Rawdon n’accueille son premier golfeur et que les premiers « touristes » s’installent à Rawdon.

L’assemblage des lots de terre

Vers 1910 et probablement même avant, des représentants approchent de nombreux propriétaires de terres à Rawdon et les convainquent de signer des promesses de vente portant sur d’importantes étendues de terres afin de construire un barrage sur la rivière Rouge à Rawdon et ainsi créer un lac artificiel. À partir d’avril 1912, James Skelly, Misaël Neveu, James Daly, Edward Cahill, Ambroise Perreault et plusieurs autres signent, devant le notaire Gaspard-Alexis Archambault, des promesses de vente à Thaddeus W. Way, un agent d’entreprise de bois de construction (lumber agent) résidant à Rawdon. En mai-juin de 1912, Thaddeus W. Way signe des actes de vente, à nouveau devant le notaire Gaspard-Alexis Archambault, confirmant l’achat des premiers lots. Un citoyen de Westmount, James Williamson Ross, poursuit le travail. Le 14 février 1913, il acquiert des lots de Peter Skelly, Misaël Neveu, Lewis Grove, Edward Cahill, John Hugh Daly, William Newton Smiley, Edmond Morin, Honoré Duquette, Joseph Collin, William Moore Holiday, Ambroise Perreault, John McCurdy et Thaddeus W. Way comme en témoignent les actes de vente passés aussi devant Me Gaspard-Alexis Archambault. Le 1st mars 1913, James Williamson Ross achète ceux de James Skelly et, le 2 janvier 1914, il acquiert d’autres emplacements de Thaddeus Way et d’Angeline Grandchamps. D’autres signatures d’actes de vente suivront. 

En parallèle à l’acquisition de ces terres, la compagnie Rawdon Heights Realties Limited est créée. Elle obtient ses lettres patentes en mars 1913. Le capital autorisé s’élève à $ 100 000.

L’analyse des promesses et actes de vente notariés porte à croire que Thaddeus W. Way et James Williamson Ross avaient approché les propriétaires des terrains convoités vers 1910 et entrepris des négociations avec chacun d’entre eux. Les montants offerts par MM. Way et Ross ont certainement été suffisamment généreux pour convaincre tous les propriétaires susceptibles de voir leurs terres inondées. Les montants obtenus par les différents propriétaires varient de quelques dollars à plus de $ 13 000.

Un article du journal The Gazette publié en 1914 décrivait ainsi l’emplacement : un site splendide, bien boisé et arrosé, avec une piste de course de chevaux (hippodrome) abandonnée qui sert de terrain de jeu.

The Gazette - July 8, 1914

Le 10 mars 1916, la compagnie Rawdon Heights Realties Limited, représentée par son président Robert B. Ross et son secrétaire-trésorier Douglas W. Ogilvie, fait l’acquisition, comme le prouvent différents actes notariés passés devant M_ Gaspard Alexis Archambault, des terres appartenant à Misaël Neveu, marchand de bois à Rawdon, à la Fabrique de l’Église catholique de même qu’à l’Église anglicane. Rawdon Heights Realties Limited acquiert également l’ensemble des lots regroupés par James Williamson Ross ainsi que ceux acquis par Thaddeus W. Way.

La construction du barrage

Les terres acquises par Rawdon Heights Realties Limited couvrent un large territoire qui s’étend depuis les chutes Mason sur toute la rive est du Lac Rawdon et se poursuit depuis le nord de la rive ouest du lac jusqu’au cimetière catholique, le point limite vers le sud. Les actes de vente accordent à cette compagnie le droit de construire un barrage, d’inonder les terres et de créer un lac artificiel.

En parallèle à ces acquisitions de terrains, Rawdon Heights Realties Limited demandera, à compter de septembre 1914, des soumissions pour la construction d’une « écluse en béton » sur la rivière Rouge à Rawdon. Les travaux seront entrepris en 1915 et se termineront vers 1916.  Comme le résume le journal La Presse[1], Rawdon s’est beaucoup développé à cette époque notamment par la création du lac artificiel en 1915 grâce au promoteur Robert B. Ross. L’article rappelle aussi l’achat des terrains et la construction d’un « immense » barrage en béton.

[1] Rawdon-sur-le-lac/Journal La Presse, 1st septembre 1917

La Presse - 1 septembre 1917
Vue de « l’immense » barrage en béton créant le lac Rawdon – Photo courtoisie de Beverly Blagrave Prudhomme

Le barrage situé dans le prolongement de la 3_ avenue en travers de la rivière Rouge entrainera la submersion de sa plaine inondable et la création du lac Rawdon.

Construction du barrage – Chaussée complétée - L’Étoile du Nord, 12 août 1915

Le plan de lotissement

Des recherches sur l’histoire du Club de Golf de Rawdon/Rawdon Heights Golf and Country Club (aujourd’hui connu sous le nom de Rawdon Golf Resort) pour souligner son 100e anniversaire ont permis de découvrir un document important soit un bail signé le 24 juin 1925 entre la Rawdon Heights Realty Company et le Rawdon Heights Golf and Country Club. Un plan, annexé au bail, indique à l’encre rouge les limites du terrain loué. Le plan de base  » non daté  » intitulé  » Plan of Rawdon Heights – An extension of the Village of Rawdon  » indique qu’il a été préparé conjointement par l’architecte paysagiste R.A. Outhet, l’ingénieur civil A. S. Dickison et les arpenteurs-géomètres Hurtubise & Hurtubise.

Plan de Rawdon Heights – Une extension du village de Rawdon (titre en anglais : Plan of Rawdon Heights - An extension of the Village of Rawdon )

Ce plan a été conçu pour la société Rawdon Heights Realties Limited. Les recherches effectuées ont permis de découvrir que cette compagnie a fait faillite et a été mise en liquidation en 1917. Comme la compagnie n’a existé qu’entre 1913 et 1917 et qu’un ingénieur civil a contribué à la préparation du plan, il y a tout lieu de croire que ce plan a été conçu à l’étape de la planification du projet dans son ensemble incluant les travaux de construction du barrage. Le plan aurait donc été conçu entre mars 1913, date de la création de la Rawdon Heights Realties Limited et septembre 1914, la date du lancement des appels d’offres pour la construction du barrage. Ce plan de base révèle l’envergure du projet de centre de villégiature et décrit le développement anticipé de ce vaste territoire. Le domaine couvre près de 1000 acres. Il comprend, entre autres, une zone identifiée comme « Golf Links ».

La contribution de Rickson Outhet a dû s’avérer importante puisque son nom apparait à deux reprises sur le plan. En plus de l’identification principale, un examen minutieux du plan de lotissement permet d’identifier une deuxième mention du nom de R.A. Outhet. Cette mention en très petit caractère est inscrite dans le coin inférieur droit du plan.

Une analyse scientifique du plan permettrait de confirmer que ce plan a bien été préparé par Rickson Outhet. Les paragraphes suivants s’intéressent à Rickson A. Outhet, l’architecte paysagiste qui a probablement conçu ce projet et ainsi, ouvert la porte au développement touristique de Rawdon.

Rickson Albert Outhet - Architecte paysagiste

Rickson Albert Outhet (1876-1951) a déjà acquis une expérience en architecture du paysage des plus pertinentes lorsqu’il se voit confier le mandat de concevoir ce projet d’extension au village de Rawdon. Un article[2] du Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.) fournit quelques informations sur Rickson Outhet, le moins connu des trois hommes formés par Frederick Law Olmsted, le concepteur, entre autres, du Central Park de New York et du parc du Mont-Royal de Montréal. À l’école des Olmsted, Rickson Outhet travaille, entre autres, sur le plan McMillan pour Washington, D.C. Ces travaux lui permettent d’acquérir de l’expérience en matière de réseaux de transport et de création d’artères monumentales. Rickson Outhet est ensuite engagé, en 1908, par l’Association des architectes de la province de Québec pour élaborer des propositions d’améliorations urbaines à Montréal. Après ces premiers travaux réalisés à Montréal, Rickson Outhet met en place une pratique qui devient rapidement fort recherchée au Canada et au Québec. Rickson Outhet appartient à un groupe d’architectes paysagistes qui créent des parcs, des jardins, des banlieues et des communautés influencés par les mouvements « City Beautiful ». Selon Nancy Pollock-Ellwand, qui écrit dans Planning Perspectives, Rickson Outhet « a joué un rôle formateur dans l’établissement des traditions canadiennes en matière d’architecture du paysage et d’urbanisme ». L’annexe de son article présente une chronologie des projets réalisés par Outhet. Il se fait connaitre d’abord au Québec et réalise des travaux dans plusieurs villes et municipalités dont Montréal, Westmount, Ville Mont-Royal, Senneville, Hudson, Shawinigan, Knowlton, Magog, Métis, Mont Tremblant, Sainte-Marguerite et Rawdon. Aux États-Unis, il a travaillé sur des projets à Washington, New York (Tuxedo Park), Seattle, Philadelphie et Charleston. Enfin, au Canada, son expertise sera aussi reconnue en Ontario et au Manitoba.

[2] https://web.mit.edu/ebj/www/ww1/Biography-Outhet.html

À cette liste, s’ajoute donc ce projet de Rawdon Heights – une extension du village de Rawdon. Même s’il n’a pas été réalisé exactement tel que conçu par Rickson Outhet, il a certes lancé et influencé le développement de la villégiature à Rawdon. 

Nancy Pollock Ellwand occupe le poste de doyenne du Collège d’architecture, de planification et d’architecture du paysage de l’Université d’Arizona (Dean of the College of Architecture, Planning and Landscape Architecture at the University of Arizona). Elle a publié, en 2010, un article intitulé « Rickson Outhet: Bringing the Olmsted Legacy to Canada – A Romantic View of Nature in the Metropolis and the Hinterland » dans la « Revue d’études canadiennes » (volume 44, no. 1). Contactée au sujet du projet d’extension du village de Rawdon en octobre 2025, Mme Pollock Ellwand a admis ne pas connaitre ce projet mais était fascinée d’apprendre qu’Outhet avait réalisé un tel travail. En mars 2027, University of Toronto Press publiera “Olmsted in Canada: His Influence, Disciples, and Legacy”, un livre de 352 pages de Nancy Pollock Ellwand. Il y sera notamment question de Rickson Outhet, l’un des disciples de Olmsted. 

Une première faillite : Rawdon Heights Realties Limited

« Les capitalistes », tels qu’identifié par le journal La Presse du 1st septembre 1917, qui constituèrent la compagnie Rawdon Heights Realties Limited ont malheureusement vu trop grand. Environ quatre mois plus tard, soit le 4 janvier 1918, la Rawdon Heights Realties Limited est mise en liquidation (la demande d’ordonnance de liquidation ayant été accordée) et John J. Robson nommé liquidateur tel que le publiait le journal The Gazette.

The Gazette – 17 décembre 1917

Plus de sept années s’écouleront avant que la liquidation des actifs de Rawdon Heights Realties Limited ne soit complétée.

Une deuxième compagnie et reprise du développement d’un centre de villégiature

Le 30 mai 1923, Frank Breadon Common, avocat, Francis George Bush, teneur de livres, George Robert Drennan, Herbert William Jackson et Michel Joseph O’Brien, tous de Montréal, créent, avec un capital-actions de $ 199 000, la Rawdon Heights Realty Company[3]. Les lettres patentes de l’entreprise l’autorisent à agir comme promoteur immobilier et à poursuivre une ambitieuse gamme d’activités reliées à l’immobilier. Des recherches plus poussées portent à croire que les personnes ayant créé la compagnie agissaient à titre de prête-noms pour le compte des réels actionnaires, car ces personnes sont associées à l’incorporation de plusieurs compagnies.

[3] La Gazette officielle du Québec, le 7 juillet 1923

Un acte de vente, enregistré le 4 mars 1925 sous le numéro 35280, confirme la cession de l’ensemble des lots acquis par Rawdon Heights Realties Limited à Rawdon Heights Realty Company. La Rawdon Heights Realties Limited était représentée par son liquidateur, John Robson nommé en vertu d’un jugement de la cour supérieure du 4 janvier 1918 rendu par le juge Bruneau. Le président et le secrétaire-trésorier représentaient les intérêts de la Rawdon Heights Realty Company. La vente de ces terrains a été faite au prix de $ 121 100 payable en émettant 674 actions préférentielles et 537 actions ordinaires de Rawdon Heights Realty Company d’une valeur de $ 100 chacune.

Les terrains que la compagnie souhaite développer comprennent des parties des lots 18,19, 20 et 21 du rang 6, des parties des lots 18 et 19 du rang 5 de même que le lot 20 du rang 7 du canton de Rawdon. Le tableau suivant identifie les premières personnes/familles à se voir concéder ces lots après la création du Canton en 1799.

Les chiffres entre parenthèses sous Concessionnaires/Citations indiquent le nombre de fois que le nom de famille de cette personne apparait dans le livre Up to Rawdon[4] et l’Annexe T (Addendum T) publiés par Daniel Parkinson, ce qui permet d’apprécier l’importance de cette famille dans le développement du Canton de Rawdon.

[4] Up to Rawdon, Part One and Part Two/Daniel B. Parkinson, Toronto, 2013

Le club de golf et le rôle du conseil municipal du Village de Rawdon

La nouvelle compagnie continue d’investir afin de réaliser le plan intitulé « Plan of Rawdon Heights – An extension of the Village of Rawdon ». Elle accorde priorité au projet de club de golf. Tout n’est cependant pas aussi simple que prévu. Afin d’obtenir la reconnaissance légale, l’article 5487 des Statuts[5] de la province de Québec de 1888 stipule que dix personnes ou plus qui désirent former une association, dans un but de récréation, peuvent constituer une corporation après, notamment, avoir obtenu l’assentiment et l’autorisation du conseil municipal de leur localité. Pour satisfaire ces règles, le 25 avril 1925, une délégation composée de représentants de la compagnie Rawdon Heights Realty Company et des promoteurs du projet d’aménagement d’un club de golf sur la rive est du Lac Rawdon se présentait devant le conseil municipal du Village de Rawdon[6]. Thomas Pearson, George Finlayson, Gordon Morgan, Leslie Pearson, C.V. Vail et J. Thompson et plusieurs autres font partie de cette délégation. Porte-parole du groupe, Thomas Pearson expose les grandes lignes du projet d’aménagement d’un terrain de golf et souligne les nombreux avantages que ce projet apporterait à Rawdon, notamment en termes d’attraction touristique et de prestige associé à de telles installations. Ce club de golf amènerait assurément un grand nombre de touristes. Il inciterait aussi de nombreux villégiateurs à s’établir dans le village de Rawdon. Pour ces raisons, les promoteurs demandent que la portion réservée au golf (Lot 20 Rang 6) ne soit pas évaluée à plus de $ 350 pendant les 15 ans de durée du bail. Après de longs débats, le Conseil approuve cette demande.

[5] https://royalquebec.com/https-royalquebec-com-ca-comites/

[6] Procès-verbal de la réunion No. 108 du conseil municipal du Village de Rawdon tenue le 25 avril 1925

Extrait de la réunion du conseil municipal du Village de Rawdon – 25 avril 1925

Une deuxième résolution, adoptée séance tenante, approuve le projet du Rawdon Heights Golf and Country Club.

Extrait de la réunion du conseil municipal du Village de Rawdon – 25 avril 1925

Le bail entre Rawdon Heights Realty Company et Rawdon Heights Golf and Country Club

Le 24 juin 1925, la compagnie Rawdon Heights Realty Company loue, pour une durée de 15 ans, à Rawdon Heights Golf & Country Club Inc. des terrains pour y aménager un club de golf. Un bail signé entre les représentants de ces deux entreprises confirme le tout. Ce bail, signé devant Me Lionel Joron, par John P. MacLaurin, président et Douglas W. Ogilvie, secrétaire-trésorier représentant Rawdon Heights Realty Company (probablement les réels propriétaires de la compagnie) et Cecil R. Vail, vice-président et Norman J. Thompson, secrétaire de Rawdon Heights Golf & Country Club Inc. comprend 9 articles. L’article 1 identifie les lots loués :

Extrait du bail signé par les représentants de Rawdon Heights Golf & Country Club

Le plan intitulé « Plan of Rawdon Heights – An extension of the Village of Rawdon » (voir plan ci-devant) est annexé au bail et délimite les terrains loués par des lignes de couleur rouge.

D’autres articles du bail déterminent le prix de location ($1/an) et l’utilisation possible du terrain (golf ou autres sports). Ce bail contient aussi un article (article 7) qui permet au locataire, pendant toute la durée du bail, d’acheter l’immeuble (les terrains + les aménagements) pour un prix de $7,500. Enfin, un autre article oblige le locataire à respecter l’entente à l’effet qu’une partie du terrain soit utilisée comme piste de course durant l’année 1925.

Une deuxième faillite: Rawdon Heights Realty Company

Cet imposant projet de développement de la villégiature entraine, une année plus tard, la faillite de Rawdon Heights Realty Company et force la liquidation de ses actifs[7] à la suite d’un jugement du juge Louis Coderre en date du 18 septembre 1926. Des avis de liquidation, publiés dans des journaux francophone et anglophone du 3 novembre, fournissent une liste des actifs mis en vente lors d’un encan public qui s’est tenu le 15 novembre 1926 à 13 h à l’hôtel de ville du village de Rawdon. Ces actifs incluaient de vastes étendues de terres situées, entre autres, sur les lots 17a. 17b, 18a, 19a et 19b du cinquième rang de même que les lots 18, 19, 20b et 21 du sixième rang du Canton de Rawdon. L’avis de liquidation stipulait également que la vente était conditionnelle au respect du bail avec la compagnie Rawdon Heights Golf & Country Club Incorporated.

[7] La Presse, 3 novembre 1926

Rachat de la faillite par Lorenzo Tremblay et Rawdon Land & Construction Company

À la suite de la vente aux enchères, un acte de vente fut signé le 14 décembre 1926 entre le liquidateur, John Robson, et Rawdon Land Construction Company. Il porte le numéro d’enregistrement 36350. Il précise que les actifs ont été adjugés au plus haut soumissionnaire, M. Lorenzo Tremblay de Lachine, pour un montant de 13 500 $. Le liquidateur confirme avoir reçu la somme de $ 1500 de Arthur MacLaurin, également de Lachine, et ce, en vertu d’un accord par lequel la propriété adjugée à Lorenzo Tremblay devait être cédée à une nouvelle compagnie incorporée au nom de Rawdon Land & Construction Company. Ce même acte de vente transférait les titres de propriété de la Rawdon Heights Realty Company à Rawdon Land & Construction Company, représentée par George A. Finlayson, son président et Lorenzo Tremblay, le secrétaire-trésorier. Ceux-ci devaient se soumettre à certaines conditions dont celle de respecter le bail avec la compagnie Rawdon Heights Golf & Country Club Incorporated.

La compagnie Rawdon Land & Construction Company obtient ses lettres patentes le 9 décembre 1926. Les trois premiers actionnaires furent Lorenzo Tremblay, comptable vivant au 340 a boulevard Saint-Joseph, Montréal, Arthur Lawrence McLaurin, marchand de bois à Lachine et George Ainslie Finlayson, manufacturier domicilié au 25 avenue Somerville à Westmount. Les statuts de la compagnie permettaient de transiger des immeubles, de faire le commerce du bois, de développer des forces hydrauliques et d’exploiter des fermes. Son capital-actions s’élevait à $ 20 000.

Le développement de la villégiature

Conformément à ses lettres patentes, la compagnie Rawdon Heights Golf & Country Club Incorporated aménage le parcours de golf dans l’année qui suit et fait en sorte que ce parcours et le clubhouse soient prêts à l’ouverture de la saison de golf au printemps 1926.

Avec ce club de golf et d’importantes superficies de terrain autour du lac Rawdon, Rawdon Land & Construction Company devient un acteur important dans le développement de la villégiature à Rawdon. En 1931, sous la présidence de George Ainslie Finlayson, Rawdon Land & Construction Company propose de louer au village de Rawdon un emplacement pour permettre au public de se baigner. Cet emplacement devient la plage municipale. L’achat est conclu l’été suivant. 

En septembre 1933, M. Finlayson présente au conseil un projet d’ouverture d’une voie de circulation qui donnera le coup d’envoi au développement résidentiel et à la création d’un quartier de villégiature. Avec un appui financier du gouvernement en raison du haut taux de chômage qui prévalait à l’époque, la voie connue aujourd’hui comme le « Lakeshore Drive » permettra l’accès à toute la rive est du lac Rawdon. Rickson Outhet l’avait nommé « Lakeside Drive »…et elles se ressemblent à s’y méprendre. D’autres promoteurs suivront les traces de Rickson Outhet et tenteront d’appliquer les concepts de City Beautiful.